Kessel

Récit Liant #55: Move slow and preserve things

Prend ça, la broligarchy

Récit Liant
4 min ⋅ 17/08/2026

Récit Liant, c’est la newsletter qui recrée du lien via des solutions pour des transitions plus douces.

Je mets mon énergie dans chaque sujet en essayant d’avoir une analyse systémique et factuelle, bienvenue dans cette nouvelle édition !

Si ça vous intéresse d’aller plus loin, vous pouvez :

C’est parti !

SOMMAIRE :

🚨 Problème : "Pourquoi les techno-bros ignorent-ils les contraintes du terrain ?"
🎯 Enjeux : Éviter le greenwashing tout en garantissant l’accès à une énergie abordable
🌍 Récit Liant : Quand l’IA rencontre le gaz… et les factures des ménages
🛠️ Que pouvez-vous faire pour
💡 Une méthode marketing à copier pour
🎁 La pépite culture
🤔 Le post à impact de la semaine
💚 Mes news

🚨Problème : Pourquoi les techno-bros ignorent-ils les contraintes du terrain ?

Le problème n’est pas la technologie en elle-même, mais l’arrogance systémique de ceux qui la portent. Les techno-bros, ces entrepreneurs et investisseurs convaincus que l’innovation technologique peut résoudre tous les problèmes sans tenir compte des réalités sociales, économiques ou environnementales, incarnent une vision décrochée du monde réel.

Leur credo ? "Move fast and break things", une philosophie qui, appliquée à l’énergie ou au climat, se traduit trop souvent par : "Construisez d’abord, assumez les conséquences plus tard."

Les datacenters d’Amazon en Allemagne en sont l’illustration parfaite : pour éviter une flambée des prix de l’électricité qui aurait pu nuire à sa rentabilité, le géant a choisi de relancer une centrale à gaz.

Un choix qui, sous couvert de nécessité économique, sape les efforts climatiques qu’il prétend soutenir par ailleurs.

Cette cécité volontaire s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, une culture de l’urgence : dans la Silicon Valley et ses émules, la vitesse prime sur la durabilité. Les cycles d’innovation sont si courts que les conséquences à long terme comme l’impact carbone d’une infrastructure sont rarement intégrées dans les équations.

Ensuite, un déni des limites physiques : les techno-bros croient souvent que la technologie peut toujours trouver une solution (le solutionnisme technologique), comme si les lois de la physique ou les inégalités sociales pouvaient être contournées par un algorithme.

Enfin, un système de rémunération pervers : les actionnaires et les dirigeants sont récompensés pour des résultats trimestriels, pas pour des engagements sur 20 ans.

Résultat ? On privilégie les solutions rapides et polluantes (comme le gaz) plutôt que des alternatives plus lentes mais durables. Le paradoxe est accablant : alors que ces acteurs se présentent comme les champions de la modernité, leurs choix nous enferment dans des modèles énergétiques du passé.

🎯 Enjeux : Éviter le greenwashing tout en garantissant l’accès à une énergie abordable

Trouver un équilibre entre innovation technologique et pragmatisme socio-économique est le défi central de notre époque.

La transition énergétique ne peut en effet se faire au détriment:

-des ménages, comme le montrent les crises récentes où la flambée des prix de l’électricité a plongé des millions de personnes dans la précarité.

-sur l’autel de la croissance à tout prix, sous peine de rendre impossible la lutte contre le réchauffement climatique.

Ce dilemme met en lumière un enjeu plus large : comment concilier urgence écologique et justice sociale ?

La réglementation européenne, souvent critiquée pour sa lenteur ou sa complexité, joue ici un rôle clé et sous-estimé. En imposant des normes strictes en matière d’efficacité énergétique, de transparence ou d’utilisation des énergies renouvelables, elle force les acteurs technologiques à sortir de leur bulle.

Sans ces garde-fous, le risque serait grand de voir les techno-bros imposer des solutions court-termistes et inéquitables, comme des datacenters énergivores implantés sans concertation, ou des infrastructures cloud dont le coût environnemental serait supporté par les contribuables.

Mais la réglementation seule ne suffit pas. Il faut aussi repenser les modèles économiques : subventionner les énergies propres plutôt que les énergies fossiles, encourager les datacenters sobres (comme ceux d’OVHcloud ou de DestinE), et intégrer les citoyens dans les décisions qui impactent leur quotidien.

L’enjeu est donc double : éviter le greenwashing (ces discours creux où l’on vante les mérites de l’IA ou du cloud tout en externalisant leur coût écologique) tout en garantissant que la transition ne creuse pas les inégalités.

Cela passe par des politiques publiques ambitieuses et cohérentes, mais aussi par une prise de conscience collective : la technologie doit être un levier de progrès, pas un outil de domination. Le vrai test ? Savoir si l’Europe parviendra à imposer ce modèle où l’innovation sert le bien commun face à la pression des géants américains, pour qui la rentabilité reste trop souvent la seule boussole.

🌍 Récit Liant : Destination Earth, ou comment l’Europe réinvente le datacenter… et le monde

En 2021, alors que les géants américains de la tech multiplient les annonces tonitruantes sur l’IA et le cloud, l’Union européenne lance discrètement Destination Earth (DestinE). Pas de promesses creuses, pas de greenwashing : un projet ambitieux, conçu pour modéliser la Terre entière et aider les décideurs à anticiper les crises climatiques, les catastrophes naturelles ou les tensions sur les ressources. Un jumeau numérique qui ne se contente pas de consommer de l’énergie… mais qui permet d’en économiser.


Des données pour mieux protéger la planète, et non l’inverse

Contrairement aux infrastructures énergivores d’Amazon ou de Google, DestinE repose sur une approche radicalement différente :

  • Des données ouvertes et interopérables : Le projet s’appuie sur les données des satellites Copernicus et EUMETSAT, ainsi que sur des modèles climatiques avancés développés par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF). L’objectif ? Créer une réplique numérique précise du système Terre, capable de simuler l’impact des politiques publiques ou des événements extrêmes

  • Une plateforme au service de la transition écologique : DestinE n’est pas un simple outil technologique. Il est intégré au Pacte vert européen (Green Deal) et au Programme pour l’Europe numérique, avec pour mission de soutenir la double transition : numérique et écologique. Son but ultime ? Aider l’Europe à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, en fournissant aux décideurs des simulations précises pour adapter leurs stratégies

  • Une sobriété par conception : Contrairement aux datacenters traditionnels, DestinE est conçu pour optimiser l’usage des ressources. Les jumeaux numériques thématiques (climat, océans, biodiversité) sont développés pour réduire les redondances et mutualiser les calculs, évitant ainsi une explosion de la consommation énergétique.

Pourquoi c’est révolutionnaire ?

  • Pas de centrale à gaz en arrière-plan : Alors qu’Amazon doit recourir au gaz pour alimenter ses datacenters, DestinE prouve qu’il est possible de faire de la tech un levier de sobriété. En s’appuyant sur des infrastructures européennes (comme les supercalculateurs de l’EuroHPC), le projet évite de créer de nouvelles pressions sur le réseau électrique

  • Un outil pour anticiper, pas pour surconsommer : DestinE ne se contente pas de stocker des données. Il simule des scénarios pour aider les villes, les régions et les États à prévenir les crises (sécheresses, inondations, pénuries) et à optimiser leurs ressources. Par exemple, en testant l’impact d’une politique de rénovation énergétique avant même de la déployer.

  • Une gouvernance collaborative : Le projet est co-construit avec des scientifiques, des experts et des citoyens, garantissant que la technologie répond à des besoins réels, et non à des logiques purement commerciales.

L’innovation technologique peut être un accélérateur de transition écologique, à condition de :

  1. Placer la sobriété au cœur de la conception (pas de surconsommation inutile).

  2. Utiliser la tech pour anticiper, et non pour justifier la surproduction.

  3. Intégrer les citoyens et les décideurs dans la boucle, pour éviter les déconnexions entre la tech et le terrain.

Pour aller plus loin :

🛠️ Que pouvez-vous faire pour empêcher l’accélérationnisme des datacenters en Europe ?

1. Exiger une réglementation stricte et contraignante
L’Europe a déjà les outils pour agir : Pacte Vert Européen ou la taxonomie verte en imposant des seuils maximaux de consommation énergétique par exaoctet stocké ou traité.

2. Soutenir les alternatives sobres et locales

Privilégier les acteurs européens comme OVHcloud ou Scaleway, qui misent sur des infrastructures refroidies par eau ou alimentées par des énergies renouvelables, plutôt que les géants américains.

Développer des datacenters "citoyens" : des infrastructures qui récupèrent la chaleur fatale pour chauffer des bâtiments publics ou des serres agricoles (comme le projet EcoDataCenter en Suède).

Investir dans l’edge computing : décentraliser les données pour réduire les besoins en mégacentres énergivores.

3. Promouvoir la recherche sur la sobriété numérique

Financer des programmes comme Destination Earth pour développer des jumeaux numériques sobres, capables de simuler des scénarios sans consommer massivement d’énergie.

Encourager l’IA frugale : des modèles moins gourmands en données (ex : TinyML) plutôt que des méga-modèles énergivores.

💡 Une méthode marketing à copier pour parler de sobriété numérique : Le marketing "slow tech"

Vendez la durabilité : "Nos serveurs ont une durée de vie de 10 ans (contre 3-5 ans pour nos concurrents)."

Misez sur l’émotion : Des visuels de paysages préservés grâce à des datacenters sobres, avec des slogans comme : "La tech ne doit pas brûler notre planète."

🎁 La pépite culture

"The Age of Stupid" (2009) – Le film qui anticipe notre époque
Ce documentaire de Franny Armstrong est une fiction rétrospective : en 2055, un archiviste (joué par Pete Postlethwaite) se demande : "Pourquoi, alors que nous savions tout du changement climatique, n’avons-nous rien fait ?" À travers des images d’archives et des témoignages, le film montre l’absurdité de nos choix énergétiques (comme construire des centrales à gaz pour alimenter des datacenters… tout en prétendant lutter contre le réchauffement).

🤔 Le post à impact de la semaine

Post dispo ici


💚 Mes news

Très content d’avoir déniché deux pépites:

-l’excellent film “A different man” qui aborde la question du regard des autres et de notre façon de réagir (avec deux personnages défigurés)

-le génial “the art and business of ghostwriting” qui découpe à la tronçonneuse beaucoup de barrières mentales, objections et autres choses qui embêtent tous les ghostwriters !

Merci d’avoir lu jusqu’au bout cette édition ! Partagez si ça vous plaît, et à bientôt pour d’autres Récits Liants 💚

Récit Liant

Par Benjamin Gensburger, Ghostwriter pour un monde durable

📬 Ce que je vous envoie.

Cette newsletter, c’est mon carnet d’enquêteur factuel et systémique des transitions, leurs freins, enjeux et solutions.
Un espace dédié à retrouver du lien en faisant une transition douce, heureuse et saine, où chaque lundi à 8h, je vous partage les clés que j’ai trouvé pour avancer à l’aide de ma double casquette scientifique et marketer.

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