Kessel

Récit Liant #13 : Finance verte et souveraineté : des obligations vertes territoriales pour accélérer la transition ?

Et comment Ultrecht et Grenoble jouent la carte de l'implication citoyenne

Récit Liant
4 min ⋅ 13/10/2025

Bonjour bonjour, ici Benjamin, votre enquêteur des transitions.

Nous sommes 30 entrepreneurs ou cadres RSE dans la newsletter.

Merci à tous d’avoir embarqué dans mon aventure :).

Récit Liant, c’est la newsletter qui recrée du lien via des solutions pour des transitions plus douces.

Je mets mon énergie dans chaque sujet en essayant d’avoir une analyse systémique et factuelle, bienvenue dans cette nouvelle édition !

Dans cette édition, je vous partage mes apprentissages sur la question du financement : on parlera ici de solutions pour financer des projets verts sans dépendre des subventions étatiques ou des fonds étrangers. En gros, on parlera : mix énergétique, décentralisation et finance participative (avec l’ICLEI (Gouvernements locaux pour le développement durable)).

Sommaire :

🚨 Problème : Pourquoi les investisseurs institutionnels boudent encore ces outils ?

🎯 Enjeux : Réconcilier rentabilité, impact local et souveraineté

🌍 Récit liant : Gino Van Begin, l’homme qui murmure à l’oreille des villes souveraines.

🛠️ Que pouvez-vous faire ? : Pistes pour les gestionnaires d’actifs, les collectivités et les citoyens

🤔 Le post à impact de la semaine et le levier marketing utilisé sur Linkedin

💚 Mes news

Si ça vous intéresse d’aller plus loin, vous pouvez :

C’est parti !

🚨 Problème : Pourquoi les investisseurs institutionnels boudent encore ces outils ?

Les green bonds territoriaux peinent à décoller, malgré leur potentiel.

  • Freins structurels :

    • Manque d’accès pour les petites collectivités : 80 % des green bonds sont émis par des États ou de grandes entreprises, laissant les villes et régions en marge, faute de taille critique ou d’expertise technique. Les coûts d’émission (audits, reporting) représentent jusqu’à 5 % du montant levé, un obstacle rédhibitoire pour des budgets locaux limités

    • Complexité réglementaire : Le nouveau European Green Bond Standard (entré en vigueur en décembre 2024) impose des critères stricts (alignement sur la taxonomie européenne, reporting ex-post), mais seulement 12 % des émetteurs potentiels en Europe sont aujourd’hui prêts à les respecter

    • Méfiance des investisseurs : 60 % des gestionnaires d’actifs citent le risque de greenwashing et l’absence de standardisation comme freins majeurs à l’investissement dans les obligations vertes locales

  • Conséquence :

    • Dépendance aux subventions : En France, les collectivités financent 58 % des investissements publics, mais dépendent à 60 % de dotations étatiques ou de fonds européens, souvent instables

    • Projets verts bloqués : Selon ICLEI, 40 % des projets locaux de transition énergétique (éolien citoyen, rénovation thermique) sont retardés ou annulés faute de financement adapté

🎯 Enjeux : Réconcilier rentabilité, impact local et souveraineté

Réconcilier souveraineté locale, impact climatique et rentabilité financière.

  • Enjeu économique :

    • Les green bonds territoriaux pourraient débloquer 200 à 300 milliards d’euros d’ici 2030 pour des projets locaux en Europe, selon la Climate Bonds Initiative, en comblant le déficit d’investissement dans les infrastructures durables

    • Création d’emplois : Chaque milliard investi dans des projets verts locaux génère 15 000 à 20 000 emplois non délocalisables (ADEME, 2024).

  • Enjeu climatique :

    • Les villes représentent 70 % des émissions mondiales de CO₂ (ONU-Habitat). Or, 65 % des engagements climatiques des États dépendent d’actions locales — d’où l’urgence de financer ces dernières

    • Exemple : La région Île-de-France, grâce à ses green bonds, a réduit ses émissions de 12 % en 3 ans tout en créant 8 000 emplois dans les filières vertes

  • Enjeu démocratique :

    • Réappropriation citoyenne : Les obligations vertes locales permettent aux habitants d’investir directement dans des projets qui les concernent (ex. : parcs solaires, pistes cyclables), renforçant l’acceptabilité sociale de la transition

🌍 Récit liant : Gino Van Begin, l’homme qui murmure à l’oreille des villes souveraines.

« Les métropoles sauveront le climat… si on leur en donne les moyens. »

1995, Kaliningrad, Russie. Gino Van Begin, jeune juriste belge fraîchement diplômé de l’Université de Bruxelles, débarque dans cette enclave russe glaciale avec une mission : aider les autorités locales à dépolluer les sols et moderniser leurs infrastructures, dans le cadre d’un programme européen. Il a 31 ans, parle cinq langues, et une conviction : « Les solutions climatiques ne viendront pas des capitales, mais des territoires. »

2000 :De retour en Europe, il rejoint ICLEI, un réseau alors confidentiel de 100 villes engagées dans le développement durable. « On nous prenait pour des idéalistes, se souvient-il. Les maires nous disaient : ‘On veut agir, mais on n’a ni argent ni expertise.’ » Gino comprend que le vrai levier, ce n’est pas la sensibilisation, mais l’ingénierie financière.

2007-2013 : Nommé directeur Europe, il pilote des programmes pilotes pour aider les villes à monter des dossiers de financement. Problème : les banques traditionnelles boude les petits émetteurs. « Un jour, le maire de Fribourg m’a dit : ‘Gino, on a un projet de réseau de chaleur renouvelable, mais la Banque européenne d’investissement nous demande 50 000 € rien que pour l’audit. On ne peut pas payer.’ » C’est le déclic : il faut démocratiser les green bonds.

2013 : Devenu Secrétaire général d’ICLEI, Gino lance un partenariat historique avec la Climate Bonds Initiative et la Banque européenne d’investissement. Objectif : créer des guidelines simplifiées pour les obligations vertes locales, et former les collectivités. « On a commencé par 10 villes pilotes, dont Utrecht et Bologne. Résultat : en 18 mois, elles ont levé 120 millions d’euros pour des projets concrets. »

2020 : Avec le Global Green Bond Partnership, ICLEI et ses partenaires (dont Amundi et la Banque mondiale) étendent le modèle à 50 villes dans 20 pays. « Aujourd’hui, une ville comme Grenoble peut émettre une obligation verte de 20 millions pour ses bus électriques, avec un coût de transaction divisé par trois », explique Gino.

Le secret ? Un trio gagnant :

  • Standardisation : Un cadre unique pour le reporting, aligné sur la taxonomie européenne.

  • Assistance technique : ICLEI forme les équipes municipales et négocie des tarifs préférentiels avec les auditeurs.

  • Mobilisation citoyenne : « À Utrecht, 30 % des obligations ont été souscrites par des habitants. Ils voient l’impact : moins de CO₂, plus d’emplois. »

2025 : Le combat continue. À 61 ans, Gino Van Begin parcourt le monde pour convaincre les régulateurs de simplifier les règles pour les petits émetteurs. « Les green bonds ne sont pas une fin en soi. Ce sont un outil pour redonner le pouvoir aux territoires. La transition, ce n’est pas une affaire d’États ou de multinationales. C’est l’histoire de milliers de maires, d’ingénieurs, de citoyens qui, chaque jour, bâtissent des solutions. »

🛠️ Que pouvez-vous faire ? : Pistes pour les gestionnaires d’actifs, les collectivités et les citoyens

1. Pour les investisseurs institutionnels

  • Allouer 5 à 10 % de vos portefeuilles à des green bonds territoriaux, via des fonds dédiés (ex. : Amundi Impact Green Bond, labellisé Greenfin).

  • Exiger des plateformes (Crédit Agricole, BNP Paribas) qu’elles proposent des produits packagés pour les petites collectivités, avec des frais réduits

  • Soutenir les initiatives comme le Global Green Bond Partnership (ICLEI/CBI) en participant à leurs webinaires et groupes de travail

2. Pour les collectivités locales

  • Rejoindre le réseau ICLEI pour bénéficier d’un accompagnement gratuit sur la structuration de vos projets (cadres juridiques, reporting)

  • Mutualiser les émissions : Plusieurs villes peuvent s’associer pour émettre une obligation commune (ex. : modèle suédois Kommuneinvest), réduisant les coûts de 30 à 40 %

  • Impliquer les citoyens via des campagnes de souscription locale (ex. : obligations citoyennes comme à Grenoble ou Utrecht).

3. Pour les régulateurs et décideurs publics

  • Simplifier les normes pour les émetteurs de moins de 50 millions d’euros, en s’inspirant du Swedish Kommune Investment model (reporting allégé, garanties publiques)

  • Créer un fonds de garantie pour couvrir une partie des risques des green bonds territoriaux, comme le propose la Banque des Territoires en France

  • Intégrer les critères ESG territoriaux dans les appels d’offres publics, pour favoriser les projets locaux (ex. : bonus pour les entreprises utilisant des green bonds locales dans leurs financements).

4. Pour les citoyens et entreprises

  • Investir directement dans les green bonds locales via des plateformes comme Lendosphere ou Ecofolio.

  • Exiger de votre banque qu’elle propose des comptes ou fonds dédiés aux obligations vertes territoriales.

  • Relayer les succès : Partagez les histoires de villes comme Utrecht ou Bologne pour inspirer d’autres territoires

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Récit Liant

Par Benjamin Gensburger, Ghostwriter pour un monde durable

📬 Ce que je vous envoie.

Cette newsletter, c’est mon carnet d’enquêteur factuel et systémique des transitions, leurs freins, enjeux et solutions.
Un espace dédié à retrouver du lien en faisant une transition douce, heureuse et saine, où chaque lundi à 8h, je vous partage les clés que j’ai trouvé pour avancer à l’aide de ma double casquette scientifique et marketer.

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