Kessel

Récit Liant #19 : La sobriété numérique, le dernier des mohicans

Et ceux qui se retroussent les manches depuis quelques années.

Récit Liant
5 min ⋅ 24/11/2025

Bonjour bonjour, ici Benjamin, votre enquêteur des transitions.

Récit Liant, c’est la newsletter qui recrée du lien via des solutions pour des transitions plus douces.

Je mets mon énergie dans chaque sujet en essayant d’avoir une analyse systémique et factuelle, bienvenue dans cette nouvelle édition !

Sommaire :

🚨 Problème : Le numérique, un géant invisible et vorace

🎯 Enjeux : Pourquoi la sobriété numérique est-elle incontournable ?

🌍 Récit Liant : Frédéric Bordage, l’homme qui a osé dire "stop" à la machine numérique

⚠️ Autocritique : les limites de Green IT

🛠️ Que pouvons-nous faire pour soutenir le mieux-logement

🤔 Le post à impact de la semaine et le levier marketing utilisé sur Linkedin

💚 Mes news

Si ça vous intéresse d’aller plus loin, vous pouvez :

🚨 Problème : Le numérique, un géant invisible et vorace

Le numérique n’est pas immatériel : il représente aujourd’hui 5,8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que le transport aérien. Entre 2010 et 2025, son empreinte carbone a triplé, et la consommation de minerais rares explose. Pourtant, malgré ces chiffres alarmants, la prise de conscience reste lente. Pourquoi ? Parce que le numérique est perçu comme une solution, jamais comme un problème. Les équipements s’accumulent, les données s’entassent, et les services numériques se multiplient sans que l’on mesure leur coût réel pour la planète.

Le constat de Frédéric Bordage est sans appel : "À ce rythme, dans trente ans, il n’y aura plus de stock de minerais pour fabriquer nos outils numériques." Pourtant, la sobriété numérique reste marginale, souvent reléguée au rang de "bonnes intentions" plutôt que d’urgence stratégique

.


🎯 Enjeux : Pourquoi la sobriété numérique est-elle incontournable ?

  1. Épuisement des ressources : Les minerais comme le cobalt, l’or ou le cuivre, indispensables à la fabrication des équipements, sont en voie de raréfaction. Leur extraction pose aussi des problèmes éthiques et environnementaux majeurs.

  2. Impact carbone : Le numérique émet plus que certains pays industrialisés. Sans action, cette part pourrait doubler d’ici 2050.

  3. Souveraineté technologique : La dépendance aux géants du numérique et aux pays producteurs de minerais fragilise les économies locales.

  4. Inégalités d’accès : La surconsommation numérique creuse le fossé entre ceux qui peuvent se permettre le dernier smartphone et ceux qui en sont exclus

🌍 Récit Liant : Frédéric Bordage, l’homme qui a osé dire "stop" à la machine numérique


Imaginez un jeune journaliste passionné de technologie, au début des années 2000. Frédéric Bordage, alors rédacteur pour des magazines spécialisés, croit dur comme fer aux promesses du numérique : un monde plus connecté, plus rapide, plus "intelligent". Il est convaincu que la tech sauvera l’humanité. Mais un jour, tout bascule.

En plongeant dans les coulisses de l’industrie, il découvre l’envers du décor : des data centers qui engloutissent des quantités d’énergie colossales, des mines de cobalt où des conditions de travail dignes d’un autre âge persistent, des montagnes de déchets électroniques abandonnés en Afrique ou en Asie. Le numérique n’est pas ce monde immatériel et propre qu’on lui a vendu. Il a un coût humain et environnemental exorbitant.

Un voyage en Chine, dans un centre de recyclage informel, marque un tournant. Des ouvriers, sans protection, démantèlent des ordinateurs à mains nues. Des rivières noires de métaux lourds. Des enfants qui trient des câbles brûlés. Ce jour-là, quelque chose se brise en lui. Le numérique n’est plus une solution, mais un problème qu’il ne peut plus ignorer.

Le déclic

En 2004, Frédéric fonde GreenIT.fr, une communauté dédiée au numérique responsable. À l’époque, on le regarde avec scepticisme, voire avec moquerie. Le numérique est l’avenir, on ne peut pas le remettre en question. Pourtant, il persiste. Il documente, il alerte, il propose des alternatives. Il devient la voix dissonante dans un chœur qui ne chante que les louanges de la tech.

Les chiffres qu’il compile sont accablants : le numérique représente déjà 2 % des émissions mondiales de CO₂ en 2010, et cette part ne cesse de croître. Mais personne ne semble s’en soucier. Les entreprises veulent du "greenwashing", pas une remise en question de leur modèle. Les politiques préfèrent parler d’innovation plutôt que de régulation.


Le doute et l’isolement

Pendant des années, Frédéric accumule les preuves, écrit des rapports, donne des conférences devant des salles clairsemées. Les géants du numérique l’ignorent. Les décideurs politiques le considèrent comme un idéaliste. Même ses proches lui demandent parfois pourquoi il s’obstine.

Un soir, après une conférence où seulement une poignée de personnes sont venues l’écouter, il rentre chez lui, épuisé. L’impression de crier dans le désert est écrasante. Et si tout cela était vain ? Et s’il avait tort de croire que les choses peuvent changer ?


L’espoir renaît

En 2018, une jeune ingénieure, Ferréole Lespinasse, le contacte. Elle a lu ses travaux et veut agir à ses côtés. Ensemble, ils lancent le Collectif Conception Numérique Responsable. Pour la première fois depuis longtemps, Frédéric ne se sent plus seul. Une communauté se forme. Des designers, des développeurs, des chefs d’entreprise les rejoignent. Ils publient des guides, forment des professionnels, interpellent les institutions.

La sobriété numérique n’est plus une lubie, mais un mouvement qui prend de l’ampleur. Les médias commencent à en parler. Les entreprises s’intéressent à l’écoconception. Les collectivités locales les sollicitent pour des formations.


David contre Goliath

Frédéric et son équipe se battent sur tous les fronts :

  • Contre l’obsolescence programmée : Ils promeuvent le reconditionnement et la réparation des équipements, prouvant qu’un ordinateur peut durer dix ans si on en prend soin.

  • Contre le gaspillage numérique : Ils montrent comment un simple email avec une pièce jointe lourde peut avoir un impact environnemental insoupçonné.

  • Contre l’ignorance : Ils forment des milliers de personnes à l’écoconception, démontrant qu’un site web peut être deux fois plus léger sans perdre en efficacité.

Le vrai tournant arrive en 2021, avec la publication de son livre "Tendre vers la sobriété numérique". Le public est enfin prêt à entendre son message. Les médias en parlent. Les entreprises commencent à s’intéresser à l’écoconception. Des centaines de messages affluent : des gens lui disent qu’il leur a ouvert les yeux.


Un combat qui ne fait que commencer

Aujourd’hui, Frédéric est reconnu comme l’un des principaux experts européens de la sobriété numérique. Il conseille des ministères, des grandes entreprises, des collectivités. Mais il reste lucide : le numérique continue de croître de manière exponentielle. Les défis sont immenses.

Pourtant, il garde espoir. Parce qu’il a vu des entreprises diviser par deux leur empreinte carbone. Parce qu’il a rencontré des jeunes qui refusent de travailler pour des géants du numérique non éthiques. Parce que, petit à petit, la sobriété numérique devient une évidence pour de plus en plus de gens.

Son parcours est celui d’un homme qui a refusé de fermer les yeux. Qui a choisi d’agir, même quand tout semblait impossible. Qui a cru que chaque petit pas compte.


Et vous, quel sera votre déclic ?

Frédéric Bordage nous rappelle une vérité simple : le changement commence par un premier pas. Le sien a été de refuser l’aveuglement. Le vôtre pourrait être de :

  • Désencombrer votre boîte mail (saviez-vous que 10 Go de mails = 10 kg de CO₂ par an ?).

  • Acheter un téléphone reconditionné (un smartphone neuf = 80 kg de CO₂).

  • Exiger de votre entreprise une politique numérique responsable.

La sobriété numérique, ce n’est pas renoncer au progrès. C’est choisir un progrès qui ne détruit pas notre planète. Et ça, c’est le combat de notre siècle.

⚠️ Autocritique : les limites de l’action et comment les dépasser

GreenIT.fr et le Collectif Conception Numérique Responsable ont accompli un travail immense pour sensibiliser et former à la sobriété numérique. Pourtant, Frédéric Bordage et son équipe reconnaissent volontiers les limites de leur action.

Premier défi : l’échelle. Face à des géants du numérique dont les budgets et l’influence dépassent largement ceux d’une petite structure militante, l’impact reste parfois marginal. Les grandes entreprises et les institutions peinent à adopter des pratiques radicalement sobres, préférant souvent des mesures cosmétiques à une refonte profonde de leurs infrastructures.

Deuxième défi : la résistance au changement. Beaucoup de professionnels du numérique, habitués à une logique de croissance et d’innovation permanente, voient la sobriété comme une contrainte plutôt qu’une opportunité. Convaincre des développeurs, des designers ou des chefs de projet de repenser leurs méthodes demande du temps, de la pédagogie, et parfois, un vrai choc culturel.

Troisième défi : l’urgence climatique vs. la lenteur des transformations. Le numérique évolue à une vitesse folle, mais les mentalités, elles, changent lentement. Comment faire bouger les lignes quand les enjeux environnementaux s’accélèrent ?

Comment GreenIT.fr dépasse ces limites ?

  • En s’alliant à des acteurs clés : Partenariats avec des écoles, des collectivités locales, et même certaines grandes entreprises pour intégrer la sobriété numérique dans les formations et les appels d’offres.

  • En rendant concret l’abstrait : Grâce à des outils comme l’écocalculateur, qui permet de mesurer l’impact carbone d’un service numérique, ou des guides pratiques pour l’écoconception, GreenIT.fr donne des leviers d’action immédiats.

  • En jouant la carte de l’inspiration : En mettant en avant des réussites (une PME qui réduit de 40 % l’empreinte de son site web, une collectivité qui passe au reconditionné), l’équipe prouve que la sobriété numérique n’est pas une utopie, mais une réalité accessible.

Leur force ? Ne pas attendre que le système change pour agir, mais créer des brèches par l’exemple, la formation et la preuve par l’action.

🛠️ Que pouvez-vous faire pour promouvoir la sobriété numérique ?

  1. Dans votre vie quotidienne :

    • Privilégiez le reconditionné pour vos équipements.

    • Désencombrez régulièrement vos espaces de stockage (cloud, mails, photos).

    • Limitez le streaming vidéo en haute définition.

  2. Dans votre organisation :

    • Auditez l’empreinte carbone de vos outils numériques.

    • Formez vos équipes à l’écoconception et à la sobriété éditoriale.

    • Intégrez des critères de durabilité dans vos appels d’offres IT.

  3. À plus grande échelle :

    • Soutenez les initiatives locales de réemploi et de recyclage.

    • Interpellez vos élus sur la mise en place de politiques publiques ambitieuses (ex : bonus/malus sur les équipements numériques).


Pour aller plus loin :

  • Lisez "Tendre vers la sobriété numérique" (Frédéric Bordage, Actes Sud).

  • Explorez les ressources de GreenIT.fr.


Votre geste à adopter pour un numérique plus sobre dès la semaine prochaine ? (Attention je viendrai vérifier !)

🤔 Le post à impact de la semaine et le levier marketing utilisé sur Linkedin

💚 Mes news

Quelques jours en bord de mer pour profiter de l’air marin de La Rochelle et du FIFAV, Festival International du Film et du Livre d’Aventure (avis à ceux qui préparent leurs cadeaux de Noël, la librairie est une vraie pépite).

C’est tout pour aujourd’hui, merci d’être allé jusqu’au bout et à lundi pour le prochain Récit Liant ! 💚

Récit Liant

Par Benjamin Gensburger, Ghostwriter pour un monde durable

📬 Ce que je vous envoie.

Cette newsletter, c’est mon carnet d’enquêteur factuel et systémique des transitions, leurs freins, enjeux et solutions.
Un espace dédié à retrouver du lien en faisant une transition douce, heureuse et saine, où chaque lundi à 8h, je vous partage les clés que j’ai trouvé pour avancer à l’aide de ma double casquette scientifique et marketer.

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