Kessel

Récit Liant #21 : Quels outils technologiques pour rendre plus sobres nos données ?

Et un pionnier du free cooling.

Récit Liant
6 min ⋅ 08/12/2025

Bonjour bonjour, ici Benjamin, votre enquêteur des transitions.

Récit Liant, c’est la newsletter qui recrée du lien via des solutions pour des transitions plus douces.

Je mets mon énergie dans chaque sujet en essayant d’avoir une analyse systémique et factuelle, bienvenue dans cette nouvelle édition !

Si ça vous intéresse d’aller plus loin, vous pouvez :

C’est parti !

Sommaire :

🚨 Problème : Pourquoi est-il si difficile de concilier performance et sobriété dans la gestion des données ?

🎯 Enjeux : énergie, eau, souveraineté numérique et réglementation

🌍 Récit liant : l’Europe, laboratoire des data centers de demain

⚠️ Les Limites du Free Cooling

🛠️ Que pouvez-vous faire ?

🤔 Le post à impact de la semaine et le levier marketing utilisé sur Linkedin

💚 Mes news

🚨 Problème : Pourquoi est-il si difficile de concilier performance et sobriété dans la gestion des données ?

Trois freins majeurs :

  1. Économique : Les technologies sobres nécessitent des investissements lourds, peu accessibles aux petits acteurs.

  2. Technique : Maintenance complexe, besoin de compétences spécifiques.

  3. Réglementaire : Les cadres légaux (eau, énergie) varient selon les pays et freinent l’innovation

🎯 Enjeux : énergie, eau, souveraineté numérique et réglementation

  • Énergie : Limiter la consommation pour éviter une crise électrique.

  • Eau : Préserver une ressource vitale, de plus en plus rare.

  • Souveraineté : Héberger les données en Europe pour garantir sécurité et indépendance.

  • Réglementation : L’UE impose désormais des seuils d’efficacité énergétique minimaux, excluant les installations les moins performantes

Les technologies existantes :

1. Refroidissement par immersion (mono ou double phase) – Submer (Espagne)

  • Technologie : Immersion totale des serveurs dans un fluide diélectrique.

  • Avantages : Jusqu’à 95 % d’économie d’énergie liée au refroidissement, suppression des ventilateurs et climatiseurs.

  • Limites du modèle :

    • Coût initial élevé (investissement en infrastructure et fluides diélectriques).

    • Maintenance complexe (nécessite des compétences spécifiques pour manipuler les fluides).

    • Compatibilité limitée avec certains équipements informatiques standards.

  • Site : submer.com


2. Refroidissement liquide direct (DLC) – OVHcloud (France)

  • Technologie : Fluide circulant en circuit fermé au contact des composants chauds.

  • Avantages : Réduction significative de la consommation énergétique, compatibilité avec les infrastructures existantes.

  • Limites du modèle :

    • Risque de fuites ou de corrosion si le système n’est pas parfaitement étanche.

    • Nécessite une conception spécifique des serveurs (pas toujours compatible avec du matériel standard).

    • Coût de déploiement et de maintenance plus élevé qu’un refroidissement à air.

  • Site : ovhcloud.com


3. Refroidissement par eau grise/recyclée – Equinix (Pays-Bas/France)

  • Technologie : Utilisation d’eaux non potables (eaux grises, eaux de pluie).

  • Avantages : Préservation des ressources en eau douce, alignement avec la circularité.

  • Limites du modèle :

    • Dépendance à la disponibilité locale d’eaux recyclées (pas toujours possible en zone aride).

    • Traitement et filtration nécessaires pour éviter l’encrassement des systèmes.

    • Réglementations locales parfois restrictives sur l’usage des eaux non potables.

  • Site : equinix.com


4. Free Cooling – EcoDataCenter (Suède)

  • Technologie : Utilisation de l’air froid extérieur ou de l’eau naturelle (lacs, rivières).

  • Avantages : Consommation énergétique quasi nulle pour le refroidissement.

  • Limites du modèle :

    • Limité aux régions au climat froid ou tempéré (peu adapté aux zones chaudes).

    • Risque de gel ou de surchauffe selon les conditions météo extrêmes.

    • Nécessite des infrastructures de secours en cas de panne du système naturel.

  • Site : ecodatacenter.se


5. Refroidissement sous-marin – Microsoft (Projet Natick, Écosse)

  • Technologie : Data centers immergés dans l’océan, refroidis par l’eau de mer.

  • Avantages : Refroidissement naturel et illimité, réduction des coûts énergétiques.

  • Limites du modèle :

    • Coûts logistiques et techniques élevés (installation, maintenance sous-marine).

    • Risques environnementaux (impact sur les écosystèmes marins, corrosion).

    • Difficulté d’accès pour les interventions rapides en cas de panne.

  • Site : Microsoft Datacenter


6. Refroidissement par immersion pour l’Edge Computing – Valeo & 2CRSi (France)

  • Technologie : Solutions autonomes de refroidissement par immersion pour les edge data centers.

  • Avantages : Compacité, efficacité énergétique, adaptabilité aux environnements contraints.

  • Limites du modèle :

    • Complexité de déploiement à grande échelle (nécessite une standardisation des équipements).

    • Coût et maintenance spécifiques pour les petites infrastructures.

    • Adaptation limitée aux environnements extrêmes (températures très élevées ou basses).

  • Site : Valeo, 2CRSi

Synthèse des enjeux communs

  • Coût : Les technologies innovantes nécessitent des investissements initiaux importants, parfois prohibitifs pour les petits acteurs.

  • Complexité : Maintenance et expertise techniques spécifiques, peu accessibles à tous les opérateurs.

  • Adaptabilité : Certaines solutions sont limitées par des contraintes géographiques ou climatiques.

  • Réglementation : Les cadres légaux (eau, énergie, environnement) peuvent freiner ou complexifier le déploiement.

🌍 Récit liant : l’Europe, laboratoire des data centers de demain

Leif Andersson a commencé sa carrière dans l’immobilier, où il a développé une expertise en gestion d’actifs et en investissements stratégiques. À la tête d’Areim, il a rapidement identifié un enjeu majeur : l’explosion de la demande en data centers, couplée à la nécessité de les rendre durables et sobres en énergie.

En 2018, Areim prend une participation majoritaire dans EcoDataCenter, une jeune pousse suédoise ambitieuse, avec une vision claire : construire des data centers 100 % alimentés par des énergies renouvelables et refroidis par des méthodes naturelles (free cooling, eau des lacs). Leif Andersson devient alors président du conseil d’administration d’EcoDataCenter, marquant le début d’une aventure entrepreneuriale audacieuse.


Quelques montagnes russes

Au départ, le projet semble risqué :

  • Technique : Peu de data centers utilisent alors le free cooling à grande échelle. Les experts doutent de la fiabilité d’un système dépendant du climat.

  • Financier : Convaincre des investisseurs de financer un modèle inédit, dans un secteur dominé par des géants comme Google ou Amazon, n’est pas évident.

  • Réglementaire : Les normes environnementales suédoises sont strictes, et l’utilisation de l’eau des lacs pour le refroidissement nécessite des autorisations complexes.

Pourtant, Leif Andersson persiste. Il s’entoure d’une équipe d’experts en énergie renouvelable, refroidissement naturel et infrastructure numérique, et lance la construction du premier data center EcoDataCenter en 2019


Créer des partenariats

Leif Andersson comprend rapidement que la clé du succès réside dans les partenariats :

  • Avec des acteurs locaux : Collaboration avec des municipalités suédoises pour utiliser l’eau des lacs et la chaleur résiduelle.

  • Avec des investisseurs visionnaires : Areim lève plus de 1,2 milliard d’euros en deux ans pour financer l’expansion d’EcoDataCenter, prouvant la confiance des marchés dans ce modèle.

  • Avec des experts internationaux : Il recrute des profils comme Mårten Mickos (ancien CEO de MySQL) pour renforcer la gouvernance et accélérer l’innovation.

Son credo : « La transition numérique doit aller de pair avec la transition écologique. »


Le Premier Data Center « Climate Positive »

En 2019, EcoDataCenter ouvre son premier site à Falun, en Suède. Les résultats sont spectaculaires :

  • 100 % d’électricité renouvelable (éolien, hydroélectricité).

  • Free cooling grâce à l’air froid suédois et à l’eau des lacs, réduisant la consommation énergétique de 90 % par rapport à un data center traditionnel.

  • Valorisation de la chaleur résiduelle pour chauffer des serres et des bâtiments voisins.

Mais le parcours est semé d’embûches :

  • Pannes techniques : Les premiers mois révèlent des défis inattendus, comme la gestion des variations de température ou la corrosion des équipements.

  • Concurrence agressive : Les géants du cloud (AWS, Google) dominent le marché, et EcoDataCenter doit prouver sa crédibilité.

  • Crise énergétique européenne : La hausse des prix de l’électricité en 2022-2023 met à l’épreuve la résilience du modèle.

Leif Andersson et son équipe relèvent ces défis en optimisant en continu les infrastructures et en communiquant transparemment sur leurs progrès.


Une Reconnaissance Internationale

En 2025, EcoDataCenter est devenu un leader européen des data centers durables :

  • Plus de 450 millions d’euros levés pour accélérer la croissance

  • Partenariats avec des géants technologiques (dont des acteurs du cloud et de l’IA).

  • Un modèle dupliqué : EcoDataCenter prépare l’ouverture de nouveaux sites en Suède et en Norvège, toujours selon les mêmes principes de sobriété et d’innovation.


Une Vision pour l’Avenir

Aujourd’hui, Leif Andersson ne se contente pas de diriger EcoDataCenter. Il porte une vision plus large :

  • Faire des data centers un levier de la transition énergétique : En valorisant leur chaleur résiduelle pour chauffer des villes entières.

  • Créer un écosystème nordique : En collaborant avec d’autres acteurs pour faire de la Scandinavie un hub mondial des infrastructures numériques durables.

Son parcours illustre comment une idée audacieuse, portée par une équipe déterminée et des partenariats stratégiques, peut transformer un secteur entier.


Ce qu’on peut retenir :

  • L’audace paie : Innover dans un secteur conservateur comme celui des data centers nécessite de bousculer les codes et de croire en sa vision.

  • L’alliance entre technologie et nature : Le free cooling et les énergies renouvelables ne sont pas des contraintes, mais des opportunités pour construire des infrastructures plus résilientes.

  • La collaboration est clé : Sans le soutien des investisseurs, des collectivités locales et des experts, EcoDataCenter n’aurait pas pu voir le jour.

⚠️ Les Limites du Free Cooling : Pourquoi Cette Solution N’est Pas Universelle

Le free cooling (refroidissement naturel par l’air extérieur ou l’eau) est une solution séduisante pour réduire l’empreinte énergétique des data centers. Pourtant, malgré ses avantages, cette technologie se heurte à plusieurs limites majeures, qui en restreignent l’adoption à grande échelle.


1. Dépendance au Climat : Une Solution Réservée aux Zones Froides

  • Problème : Le free cooling est efficace uniquement dans les régions où la température extérieure reste basse toute l’année (Scandinavie, Canada, certaines zones d’Europe du Nord).

  • Exemple : En Suède, EcoDataCenter exploite l’air polaire et l’eau des lacs pour refroidir ses serveurs. Mais dans des pays comme l’Espagne, l’Italie ou même le sud de la France, les températures estivales rendent cette solution inefficace, voire impossible pendant plusieurs mois.

  • Conséquence : Les data centers situés dans des climats chauds doivent combiner le free cooling avec des systèmes de refroidissement traditionnels, ce qui réduit son intérêt écologique et économique


2. Variabilité des Conditions Météorologiques : Un Risque de Surchauffe

  • Problème : Même dans les zones tempérées, les vagues de chaleur ou les hivers doux peuvent compromettre l’efficacité du free cooling.

  • Exemple : En 2022, des data centers en Irlande et au Royaume-Uni ont dû basculer sur des systèmes de secours pendant des périodes de canicule, entraînant une surconsommation d’énergie.

  • Conséquence : Pour garantir la stabilité, les opérateurs doivent maintenir des infrastructures de refroidissement classiques en parallèle, ce qui augmente les coûts et complexifie la gestion


3. Contraintes Géographiques et Accès aux Ressources

  • Problème : Le free cooling par eau (lacs, rivières, mer) nécessite une proximité avec des ressources naturelles abondantes et stables.

  • Exemple : Les data centers sous-marins de Microsoft (projet Natick) exploitent l’eau froide des océans, mais leur déploiement est limité aux zones côtières et nécessite des infrastructures coûteuses.

  • En Suède, EcoDataCenter utilise l’eau des lacs, mais cette solution n’est pas transposable dans des régions arides ou urbaines denses.

  • Conséquence : Peu de sites sont éligibles à cette technologie, ce qui limite son adoption


4. Coûts et Complexité des Infrastructures

  • Problème : Bien que le free cooling réduise les coûts énergétiques, son déploiement initial est onéreux :

    • Nécessité de filtres et systèmes de traitement d’air/eau pour éviter la corrosion ou l’encrassement des équipements.

    • Conception spécifique des data centers (emplacement, isolation, gestion des flux d’air).

    • Maintenance accrue pour garantir la qualité de l’air ou de l’eau utilisée.

  • Exemple : Un data center utilisant l’eau de mer doit investir dans des systèmes anti-corrosion et des pompes résistantes, ce qui alourdit la facture


5. Réglementations et Impacts Environnementaux

  • Problème : L’utilisation de ressources naturelles (eau des lacs, air extérieur) est encadrée par des réglementations strictes :

    • Prélèvement d’eau : Certaines régions limitent l’usage de l’eau pour le refroidissement, surtout en période de sécheresse.

    • Rejet thermique : La chaleur résiduelle rejetée dans les lacs ou rivières peut perturber les écosystèmes aquatiques (ex. : réchauffement localisé, impact sur la faune).

  • Exemple : En France, des projets de data centers près de cours d’eau ont été bloqués ou retardés en raison de craintes écologiques


6. Adaptabilité Limitée aux Nouvelles Technologies

  • Problème : Le free cooling est moins efficace pour les serveurs haute densité (IA, HPC, minage de cryptomonnaies), qui génèrent beaucoup plus de chaleur.

  • Exemple : Les data centers dédiés à l’IA, avec des densités de puissance dépassant 50 kW par rack, nécessitent souvent des solutions de refroidissement plus puissantes (immersion, DLC)

  • Conséquence : Le free cooling reste adapté aux infrastructures classiques, mais pas aux besoins les plus exigeants du numérique moderne.

Que pouvez-vous faire ? Actions pour citoyens, investisseurs et entreprises

👤 Citoyens

  • Optimisez vos usages numériques : Limitez le stockage inutile (emails, photos), privilégiez le streaming en basse qualité.

  • Choisissez des hébergeurs verts : Optez pour des fournisseurs engagés (OVHcloud, Infomaniak, GreenWeb).

  • Soutenez les initiatives locales : Participez à des projets de récupération de chaleur ou de data centers citoyens.

💼 Investisseurs

  • Financez l’innovation : Soutenez les startups et acteurs spécialisés dans le refroidissement durable (Submer, Valeo/2CRSi).

  • Exigez la transparence : Investissez dans des data centers certifiés (PUE bas, énergie 100 % renouvelable).

  • Encouragez la R&D : Participez à des fonds dédiés aux technologies sobres (immersion, free cooling).

🏢 Entreprises

  • Migrez vers des infrastructures durables : Choisissez des data centers labellisés (ISO 50001, LEED).

  • Adoptez le refroidissement liquide : Intégrez des solutions comme le DLC ou l’immersion pour vos serveurs.

  • Valorisez votre chaleur fatale : Partenariats avec des réseaux de chaleur urbains.

📜 Décideurs publics

  • Renforcez les réglementations : Imposez des seuils d’efficacité énergétique et des quotas d’énergies renouvelables.

  • Soutenez les projets pilotes : Financez des data centers innovants (sous-marins, edge computing sobre).

  • Sensibilisez le grand public : Campagnes sur l’impact environnemental du numérique.

🤔 Le post à impact de la semaine et le levier marketing utilisé sur Linkedin

💚 Mes news

Des discussions passionnantes sur des innovations qui testent le marché. Je retrouve de plus en plus dans ces échanges ce qui me stimulait en tant qu’ingénieur biotech : quand l’humain repousse certaines limites technologiques, on peut être dépassé, mais aussi admiratif de l’ingéniosité que ces créations demandent.

C’est tout pour aujourd’hui, à bientôt pour d’autres récits liants 💚

Récit Liant

Par Benjamin Gensburger, Ghostwriter pour un monde durable

📬 Ce que je vous envoie.

Cette newsletter, c’est mon carnet d’enquêteur factuel et systémique des transitions, leurs freins, enjeux et solutions.
Un espace dédié à retrouver du lien en faisant une transition douce, heureuse et saine, où chaque lundi à 8h, je vous partage les clés que j’ai trouvé pour avancer à l’aide de ma double casquette scientifique et marketer.

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