Récit Liant, c’est la newsletter qui recrée du lien via des solutions pour des transitions plus douces.
J’ai eu la chance de poser des questions à Anne-Sophie Thomas (Gestia Solidaire) pour parler dans le détail d’une nouvelle forme d’immobilier : l’immobilier solidaire, pour redonner de la valeur sociale, environnementale et économique à un secteur souvent en proie à la spéculation à outrance.
Sommaire :
🚨 Problème : Pourquoi l’immobilier solidaire peine-t-il à s’imposer ?
🎯 Enjeux : Réconcilier rentabilité et impact social
🌍 Récit liant : Le parcours d’Anne-Sophie Thomas, une conviction née de l’expérience
🛠️ Que pouvez-vous faire pour soutenir l’immobilier solidaire ?
🤔 Le post à impact de la semaine
🚨 Problème : Pourquoi l’immobilier solidaire peine-t-il à s’imposer ?
Malgré ses atouts, l’immobilier solidaire se heurte à plusieurs freins :
Un manque de notoriété : Les bailleurs privés ignorent souvent l’existence de ces dispositifs, ou les perçoivent comme complexes.
Une instabilité réglementaire : Les aides fiscales sont parfois remises en cause d’une année sur l’autre, ce qui décourage les investisseurs. L’attente de promulgation de la loi de Finance peut parfois retarder certains projets.
Des préjugés tenaces : "Un loyer modéré = un locataire à risque" ou "L’impact social n’est pas rentable". Pourtant, les chiffres prouvent le contraire : avec une gestion adaptée, la rentabilité est au rendez-vous.
🎯 Enjeux : Réconcilier rentabilité et impact social
L’enjeu est double :
Économique : Prouver que l’immobilier solidaire n’est pas un "moins bien loti", mais un modèle pérenne et lucratif, grâce à des mécanismes fiscaux intelligents.
Sociétal : Désenclaver l’accès au logement pour les populations fragiles, et ainsi lutter contre les inégalités territoriales. Car un logement abordable, c’est aussi un levier contre la précarité, l’isolement, et même la désertification rurale.
🌍 Récit liant : Le parcours d’Anne-Sophie Thomas, une conviction née de l’expérience
Anne-Sophie Thomas n’a pas choisi l’immobilier solidaire par hasard. Son engagement est né d’une expérience personnelle douloureuse, celle d’une rupture familiale qui l’a contrainte à interrompre ses études pendant deux ans. À cet instant, elle découvre une réalité brutale : sans logement stable, tout le reste s’effondre.
Les études, le travail, la dignité même. Ce n’est pas seulement une question de toit, c’est une question de survie sociale. Ce déclic, elle ne l’oubliera jamais.
Elle m’a confié que débuter avec un désavantage sur ce point lui semble être une profonde injustice sociale, au même titre que l’accès aux écoles prestigieuses souvent privées par exemple.
Comment accepter que, dans un pays comme la France, 20 % de la population — étudiants en rupture, travailleurs pauvres, familles précaires — soit exclue du marché locatif classique, comme si le droit au logement était un privilège et non un droit fondamental ?
Son parcours académique reprend, mais son regard sur le monde a changé. Elle obtient un master en droit, une arme pour comprendre les mécanismes qui régissent l’immobilier. Pourtant, c’est sur le terrain qu’elle trouve sa voie.
À Lyon, elle rejoint Etic, une société pionnière dans l’ethical property, fondée par Cécile Galoselva. Là, elle découvre un modèle audacieux : des tiers-lieux à loyers modérés en plein centre-ville, réservés aux associations et aux travailleurs précaires.
Un concept simple, mais qui bouleverse les codes : et si l’immobilier pouvait être à la fois rentable et solidaire ? L’idée germe : pourquoi ne pas étendre ce principe au logement lui-même ?
Mais c’est un séjour au Canada qui achève de forger sa conviction. En étudiant les politiques publiques de logement social, elle réalise une chose : la France a des outils, mais ils sont sous-exploités.
Les dispositifs fiscaux existent — défiscalisation, exonérations, loyers plafonnés — mais ils sont méconnus, mal compris, ou trop instables pour rassurer les investisseurs privés. Pire, ils sont souvent réservés au parc social traditionnel, laissant de côté une frange immense de la population : ceux qui gagnent trop pour bénéficier d’un logement social, mais pas assez pour se loger décemment sur le marché privé.
De retour en France, elle décide d’agir. En mars 2020, elle lance Gestia Solidaire, avec une ambition claire : créer un pont entre l’immobilier classique et le logement social, en mobilisant l’investissement privé pour répondre à un besoin criant. Son approche ? Utiliser les leviers fiscaux existants — comme le Loc’avantage, qui permet jusqu’à maximum 35% de réduction d’impôts sur les loyers générés sans intermédiation locative — pour rendre les loyers accessibles, tout en garantissant une rentabilité aux propriétaires.
Un exemple concret : un T3 à Lyon, proposé à 630 € au lieu de 730 €, grâce à une défiscalisation intelligente. Le locataire y gagne 100 € par mois, le propriétaire bénéficie d’une réduction d’impôt de 900 €, et la société y trouve un équilibre durable.
Pourtant, le chemin est semé d’embûches.
Les freins réglementaires sont nombreux : un dispositif fiscal bloqué par un retard dans la loi de finances, et c’est tout un projet qui s’arrête net.
Les préjugés aussi : "Un loyer bas ? Cela veut dire des locataires à problèmes." Pourtant, les chiffres prouvent le contraire : avec des garanties comme Visale (qui couvre jusqu’à 96 000 € d’impayés), le risque est maîtrisé.
Et puis, il y a cette méconnaissance générale des outils disponibles. Combien de bailleurs ignorent qu’ils peuvent allier rentabilité et impact social ?
Mais Anne-Sophie Thomas ne lâche rien. Son parcours est une leçon de résilience : celle qui a dû arrêter ses études pour des raisons familiales est aujourd’hui à la tête d’une entreprise qui réinvente l’immobilier.
Son combat ? Démontrer que l’économie peut servir l’humain, et non l’inverse.
Avec des projets comme Logements Ruraux 3ZERO, elle va plus loin : et si la solution à la crise du logement urbain se trouvait dans les campagnes, où le parc immobilier est souvent dégradé et sous-exploité ?
Une idée simple : rénover ces logements à moindre coût, les rendre accessibles, et ainsi désengorger les villes tout en redynamisant les territoires ruraux.
Vous pouvez en savoir plus sur tous les projets de Gestia solidaire
-Adhérer à l’association
-Plus d’informations sur le projet 3ZERO
🛠️ Que pouvez-vous faire pour soutenir l’immobilier solidaire ?
Chacun peut agir à son échelle :
Si vous êtes propriétaire : Renseignez-vous sur les dispositifs comme Loc’avantage ou le PLS privé. Un logement solidaire, c’est aussi une fiscalité avantageuse et un risque maîtrisé.
Si vous êtes locataire : Parlez de ces solutions autour de vous. La demande crée l’offre !
Si vous êtes engagé dans une collectivité : Soutenez les projets comme Logements Ruraux 3ZERO. Le rural peut absorber une partie de la tension urbaine, à condition d’y investir.
Si vous êtes simplement citoyen : Partagez cette newsletter ! Plus l’immobilier solidaire sera connu, plus il gagnera en crédibilité.
🤔 Le post à impact de la semaine (in English)
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C’est tout pour aujourd’hui, merci d’être allé jusqu’à la fin et à très bientôt pour d’autres Récits Liants. 💚
